Pourquoi les voitures électriques prennent feu ?

On a tous vu ces vidéos qui circulent sur les réseaux : une Tesla ou une BYD en flammes, impossible à éteindre, qui repart de plus belle au moment où les pompiers soufflent. Ces images font peur, elles font le buzz, et elles alimentent un débat souvent mal posé. Alors voilà ce qu’il faut vraiment savoir sur les incendies de véhicules électriques, sans catastrophisme ni discours de façade.

La batterie lithium-ion au cœur du problème

Comment fonctionne une batterie de VE, en deux mots

Une batterie de voiture électrique, c’est en réalité un empilement de centaines ou de milliers de petites cellules électrochimiques. Chaque cellule contient une anode, une cathode et un électrolyte liquide qui permet aux ions lithium de circuler entre les deux pour produire ou stocker de l’énergie.

Ce qui rend ce système performant le rend aussi potentiellement vulnérable. L’électrolyte est inflammable. La cathode contient de l’oxygène lié chimiquement. En conditions normales, tout ça cohabite très bien. C’est quand quelque chose déraille que le problème commence.

L’emballement thermique : le vrai responsable

Le phénomène clé derrière les incendies de VE porte un nom un peu barbare : le thermal runaway, ou emballement thermique. Imaginez une rangée de dominos. Une seule cellule surchauffe, elle libère de la chaleur, cette chaleur embrase la cellule voisine, qui en embrase une autre, et ainsi de suite. La réaction devient autonome et s’auto-alimente.

Le problème majeur, c’est que l’oxygène nécessaire à la combustion ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur même des cellules. On ne peut pas étouffer ce feu en coupant l’air. La seule solution, c’est le refroidissement massif, et ça prend du temps.

Les causes concrètes d’un incendie sur un VE

Le choc physique

C’est la cause la plus fréquente. Lors d’un accident, la batterie peut être déformée, percée ou écrasée. Une cellule endommagée mécaniquement peut provoquer un court-circuit interne, ce qui déclenche l’emballement thermique décrit plus haut.

Les constructeurs en sont bien conscients. Les batteries sont aujourd’hui entourées de structures rigides, placées sous le plancher pour les protéger des chocs. Mais aucun blindage n’est infaillible face à un impact violent.

La surcharge et la chaleur excessive

Un chargeur défectueux, un câble tiers non certifié, une charge forcée en pleine canicule : autant de situations qui peuvent pousser les cellules au-delà de leurs limites. Le BMS (Battery Management System), le cerveau électronique de la batterie, est là pour surveiller en permanence la température, la tension et l’état de charge de chaque cellule.

Mais un BMS mal calibré ou défaillant ne peut plus jouer son rôle de vigie. C’est pourquoi charger avec du matériel certifié et éviter de laisser la batterie à 100 % en permanence n’est pas qu’un conseil marketing, c’est du bon sens mécanique.

Le défaut de fabrication

Les rappels de la Chevrolet Bolt en 2021 en sont l’exemple le plus médiatisé : plus de 140 000 véhicules rappelés à cause d’un risque d’incendie lié à un défaut sur les cellules produites par LG. Ce genre d’incident révèle que la filière batterie est encore jeune, avec des contrôles qualité qui progressent mais qui ne sont pas encore parfaits.

Un défaut microscopique dans une cellule suffit à créer un court-circuit interne qui peut se déclarer des mois ou des années après la fabrication. C’est en partie pour ça que certains incendies surviennent sur des voitures garées, sans aucun choc ni utilisation récente.

Le vieillissement de la batterie

Une batterie qui a accumulé des milliers de cycles de charge voit sa structure interne se dégrader progressivement. Des filaments conducteurs microscopiques, appelés dendrites, peuvent se former à l’intérieur des cellules et provoquer des courts-circuits internes.

C’est un point crucial pour les acheteurs de VE d’occasion : une batterie ancienne ou mal entretenue présente statistiquement plus de risques qu’une batterie neuve. Vérifier l’état de santé de la batterie avant un achat, ce n’est pas de la paranoïa, c’est une précaution élémentaire.

Toutes les batteries ne se valent pas

C’est un point que la plupart des articles oublient de mentionner : il existe plusieurs chimies de batterie, et elles n’ont pas le même profil de risque.

Les batteries NMC (nickel-manganèse-cobalt), très répandues chez Tesla, BMW ou Volkswagen, offrent une densité énergétique élevée, donc une bonne autonomie, mais sont plus susceptibles de s’emballer thermiquement en cas de problème.

Les batteries LFP (lithium-fer-phosphate), utilisées notamment par BYD et de plus en plus par Tesla sur ses modèles d’entrée de gamme, sont chimiquement plus stables. Elles ne peuvent pas atteindre les mêmes températures de combustion. Le risque d’emballement thermique y est significativement plus faible, au prix d’une densité énergétique un peu moindre.

ChimieAutonomieStabilité thermiqueRisque d’incendie
NMCÉlevéeModéréePlus élevé
LFPModéréeExcellentePlus faible

Quand vous comparez des VE, cette information mérite autant d’attention que l’autonomie affichée.

Les VE brûlent-ils vraiment plus que les thermiques ?

La réponse courte : non. Les chiffres disponibles sont clairs là-dessus. Une étude américaine recense environ 1 530 incendies pour 100 000 voitures thermiques, contre 25 pour 100 000 véhicules électriques. En Suède, l’agence nationale de protection civile a comptabilisé sur plusieurs années environ 77 thermiques incendiées pour 100 000 en circulation, contre 3 électriques pour 100 000.

Ces données restent à nuancer : le parc électrique est plus récent, et une voiture neuve toutes motorisations confondues brûle moins souvent qu’une vieille. Mais l’idée que les VE seraient des bombes roulantes ne résiste pas aux faits.

Pourquoi alors cette perception ? Parce qu’un VE en feu, ça se filme bien. Parce que les incendies sont spectaculaires, difficiles à éteindre, et parfois récurrents sur le même véhicule. Un feu de thermique fait partie du décor depuis cent ans. Un feu de VE, ça fait l’actu.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Si vous êtes propriétaire ou futur acheteur d’un véhicule électrique, quelques habitudes simples réduisent le risque au minimum.

Ne chargez pas avec des câbles ou des wallbox non certifiés. Le prix d’un câble bas de gamme peut coûter bien plus cher qu’il n’y paraît. Ne laissez pas systématiquement la batterie à 100 % de charge quand vous n’en avez pas besoin : maintenir la charge entre 20 % et 80 % préserve les cellules sur le long terme. Si votre véhicule affiche une alerte liée à la batterie, ne l’ignorez pas. Le BMS ne se plaint pas pour rien.

En parkings souterrains fermés, soyez attentif si votre batterie est très dégradée ou si le véhicule a subi un choc récent sur le dessous de caisse. Ce n’est pas une raison de paniquer, c’est juste une question de bon sens.

Sur un VE d’occasion, faites systématiquement un diagnostic de santé batterie avant d’acheter. La plupart des réseaux spécialisés proposent ce service pour une somme modeste.

Ce que les pompiers font face à un VE en feu

Les services d’incendie se forment activement depuis plusieurs années à ce type de sinistre. La procédure standard consiste à déverser d’énormes quantités d’eau directement sur la batterie, parfois plusieurs milliers de litres, pour abaisser sa température sous le seuil de déclenchement des cellules voisines.

Le problème, c’est la re-ignition. Un VE apparemment éteint peut repartir en flammes plusieurs heures, voire plusieurs jours après le premier incendie, parce que des cellules en profondeur continuent à se dégrader lentement. Dans certains pays, les pompiers utilisent désormais des conteneurs d’immersion dans lesquels le véhicule est plongé entièrement pour une durée prolongée.

Ce n’est pas que le VE est plus dangereux qu’une thermique. C’est qu’il réclame une technique différente. Et les pompiers s’y adaptent.

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