Pagani Huayra Tricolore : hypercar hommage aux Frecce

Décembre 2020. Pagani dévoile la Huayra Tricolore, une série limitée à trois exemplaires pour célébrer les 60 ans des Frecce Tricolori. 5,5 millions d’euros l’unité, 840 chevaux, 1270 kg. Un missile terrestre inspiré des avions de chasse italiens.

La Huayra Tricolore, c’est quoi exactement ?

Pour comprendre ce qu’est la Tricolore, il faut d’abord saisir ce qu’est une Huayra. La Pagani Huayra débarque en 2011 comme second modèle de la marque après la mythique Zonda. V12 biturbo AMG, carrosserie en carbone, aérodynamique active. Une base déjà démente, mais Horacio Pagani ne s’arrête jamais là.

Après la Huayra de base viennent la BC (plus légère, plus radicale), l’Imola (encore plus extrême), la Roadster BC. Chaque version repousse les limites du possible. La Tricolore s’inscrit dans cette logique d’escalade permanente, mais avec une dimension supplémentaire. Ce n’est pas qu’une question de performances pures.

C’est un hommage. Un vrai.

Trois exemplaires seulement, comme la Zonda Tricolore présentée dix ans plus tôt pour les 50 ans de la patrouille. Pagani ne fait pas dans la série spéciale marketing à 150 unités. Ici, on parle de rareté absolue, presque sacrée. Et surtout, la Tricolore n’est pas juste une Huayra BC repeinte aux couleurs italiennes. C’est une refonte aérodynamique et mécanique complète, pensée pour évoquer l’esprit des avions de chasse.

Les Frecce Tricolori : pourquoi Pagani leur rend hommage

Les Frecce Tricolori, littéralement les « Flèches tricolores », c’est la patrouille acrobatique officielle de l’armée de l’air italienne. Créée en 1960, basée à Rivolto près d’Udine. Dix avions Aermacchi MB-339, neuf en formation serrée et un solo. Record Guinness à la clé : la plus grande patrouille acrobatique militaire au monde.

Ces pilotes tracent des figures dans le ciel avec une précision chirurgicale, laissant derrière eux des traînées de fumée rouge, blanche et verte. Le spectacle absolu. La fierté italienne incarnée dans le ciel.

Horacio Pagani, argentin d’origine mais italien de cœur, a toujours eu une obsession pour l’aviation. Le carbone, l’aérodynamique, la recherche de légèreté : tout ça vient de là. Ses voitures ressemblent à des cockpits volants. Ses matériaux sont issus de l’aérospatiale. Ses méthodes de fabrication aussi.

Alors quand les Frecce Tricolori soufflent leurs 60 bougies en 2020, année de crise mondiale où l’Italie souffre particulièrement, Pagani décide de créer quelque chose de fort. Un symbole. Une voiture qui incarne la détermination, le dépassement, l’excellence italienne. Pas juste un autocollant et un communiqué de presse. Une machine pensée du châssis au becquet pour capturer l’âme de ces avions.

Design : une carrosserie sculptée par l’aérodynamique

Carbone bleu et bandes tricolores

Premier regard sur la Tricolore : elle frappe. La teinte bleue en fibre de carbone n’est pas peinte, elle est tissée directement dans la matière. Ce bleu profond, presque électrique sous certains angles, rappelle immédiatement la livrée des MB-339 des Frecce.

Sur les flancs, trois bandes courent d’avant en arrière : rouge, blanc, vert. Comme un flux d’air qui enveloppe la carrosserie. Comme les fumées colorées qui tracent des arcs dans le ciel lors des meetings aériens. Ce n’est pas un sticker. C’est intégré au design, pensé pour donner l’impression de mouvement même à l’arrêt.

Les détails ne s’arrêtent pas là. Phares bleutés, cerclages de roues avec accents bleus, chaque élément visuel fait écho aux avions. Rien de gratuit, tout fait sens.

Aérodynamisme poussé à l’extrême

Mais la beauté ne suffit pas chez Pagani. Chaque ligne, chaque surface doit travailler.

Le splitter avant a été entièrement redessiné avec un profil aérodynamique inédit pour maximiser l’appui au train avant. Plus prononcé, plus agressif, il colle la Tricolore au bitume dès 100 km/h. Le pare-chocs avant intègre des extracteurs latéraux pour canaliser l’air frais vers les échangeurs et refroidir le V12 biturbo qui chauffe vite sous la contrainte.

À l’arrière, le becquet est désormais intégré à la carrosserie avec des supports en forme d’aileron d’avion, directement inspirés de la queue des MB-339. Ces supports ne sont pas juste esthétiques : ils contribuent à l’équilibre aérodynamique et renforcent la structure du becquet.

Le diffuseur arrière a été optimisé pour extraire l’air passant sous la voiture avec encore plus d’efficacité. Moins de traînée, plus d’appui. L’équation classique de l’hypercar moderne, poussée ici à un niveau rarement vu.

Et puis il y a l’air scoop sur le toit. Redessiné, agrandi, il alimente le moteur en air froid avec un débit supérieur aux versions précédentes. Son dessin évoque les prises d’air des réacteurs d’avion. Subtil mais marquant.

Le tube de Pitot : gadget ou symbole ?

Sur le capot avant, un détail fait sourire et fascine à la fois : un tube de Pitot. Pour ceux qui ne passent pas leur vie dans les cockpits, c’est un instrument aéronautique qui mesure la vitesse de l’air pour calculer la vitesse de l’avion.

Sur la Tricolore, il est fonctionnel. Il envoie des données au tableau de bord central. Est-ce utile pour conduire ? Non. Est-ce cool d’avoir un instrument d’avion de chasse sur le capot de sa voiture à 5,5 millions ? Évidemment.

C’est exactement le genre de détail que Pagani adore : techniquement justifiable, symboliquement puissant, visuellement marquant. Une signature.

Technique : 840 chevaux dans un châssis en titane-carbone

Un V12 AMG poussé à 840 ch

Sous le capot, le classique V12 biturbo 6.0 litres développé par Mercedes-AMG selon les spécifications Pagani. Sauf que pour la Tricolore, il a été revu pour cracher 840 chevaux à 5900 tr/min. C’est 10 chevaux de plus que la Huayra BC Roadster et autant que certaines Imola.

Le couple grimpe à 1100 Nm disponibles entre 2000 et 5600 tr/min. Une plage large, idéale pour exploiter la puissance sans être constamment dans les tours. Vous appuyez à 3000 tr/min en troisième, vous êtes projeté contre votre siège comme si quelqu’un vous tirait par les épaules.

La boîte séquentielle 7 rapports reçoit un nouveau triple embrayage à disques, 35 % plus léger que l’ancienne transmission à double embrayage. Moins de poids non suspendu, meilleure réactivité, passages de rapports plus secs. Pagani ne rigole pas avec l’optimisation.

Un châssis de nouvelle génération

Le cœur technique de la Tricolore, c’est son châssis monocoque fabriqué dans de nouveaux matériaux composites : Carbo-Titanium HP62 G2 et Carbo-Triax HP62. Des noms qui sonnent comme du matériel spatial parce que c’est exactement ce que c’est.

Ces composites de dernière génération offrent une rigidité en torsion et en flexion supérieure aux versions précédentes. Résultat ? La voiture répond instantanément aux sollicitations du volant, du frein, de l’accélérateur. Pas de flottement, pas de déformation parasite. Une précision chirurgicale.

En virage, la Tricolore tient son cap comme sur des rails. En freinage, pas de plongée excessive. En accélération, pas de roulis inutile. La géométrie des suspensions a été retravaillée spécifiquement pour transférer les 840 chevaux au sol sans perdre en stabilité.

C’est ce genre de boulot invisible qui fait la différence entre une voiture rapide et une voiture rapide ET exploitable.

Le poids : 1270 kg à sec

1270 kg sans fluides. Moins qu’une Porsche 911 GT3. Moins qu’une Alpine A110. Pour une hypercar avec un V12 biturbo, une carrosserie en carbone, un châssis renforcé, c’est démentiel.

Le rapport poids/puissance atteint 661 ch/tonne. Pour donner un ordre d’idée, une Ferrari SF90 Stradale est autour de 550 ch/tonne. Une Bugatti Chiron, pourtant plus puissante, dépasse les 1900 kg.

Chez Pagani, la légèreté n’est pas un argument marketing. C’est une religion. Chaque gramme compte. Chaque pièce est pensée pour être à la fois solide et la plus légère possible. L’aluminium est usiné dans la masse plutôt que moulé. Les boulons sont en titane. Les écrous sont percés. Tout.

Intérieur : aluminium aérospatial et cuir tricolore

Ouvrez la porte papillon et plongez dans un cockpit qui ressemble plus à celui d’un jet privé qu’à celui d’une voiture. Des inserts en aluminium aérospatial usinés dans la masse puis polis à la main couvrent la planche de bord, la console centrale, les panneaux de porte.

Le pommeau de vitesse est sculpté dans un bloc d’aluminium et de carbone, puis fraisé et poli. Une pièce d’orfèvrerie. Quand vous le saisissez, vous sentez le travail, le poids juste, l’ajustement parfait dans la paume.

Les sièges sont garnis de cuir blanc et bleu avec des détails tricolores sur les coutures et les appuis-tête. Un clin d’œil à la Zonda Tricolore de 2010 qui avait déjà adopté cette palette. Le cuir vient de tanneries italiennes, cousu main, ajusté millimètre par millimètre.

Partout, le carbone apparent, l’aluminium anodisé bleu, les touches de couleur qui rappellent les Frecce. Même les commandes au volant, les aérateurs, les grilles de haut-parleurs sont dessinés comme des éléments aéronautiques. Pas de plastique, pas de compromis.

C’est l’approche Pagani : chaque composant, même celui que vous ne verrez qu’une fois par an, doit être parfait. Parce qu’un propriétaire de Tricolore ne cherche pas juste une voiture rapide. Il cherche une œuvre d’art fonctionnelle.

Prix et disponibilité : 5,5 millions d’euros pour trois élus

5,5 millions d’euros hors taxes. Environ 6,7 millions avec la TVA selon les pays. Un tarif qui fait tourner la tête, même dans le monde des hypercars.

Pour situer : une Bugatti Chiron, c’est autour de 2,5 millions. Une Koenigsegg Jesko, dans les 3 millions. Une Aston Martin Valkyrie, 2,5 millions également. La Tricolore joue dans une autre cour. Celle des éditions ultra limitées, des collectors instantanés, des voitures qui ne roulent presque jamais mais qui valent de l’or.

Petit rappel : en 2010, la Zonda Tricolore se vendait 1,47 million d’euros. Dix ans plus tard, la Huayra Tricolore multiplie le prix par quatre. Inflation du marché des hypercars, complexité technique accrue, rareté extrême, tout se conjugue.

Et bien sûr, les trois exemplaires étaient vendus avant même la présentation officielle. Pas besoin de campagne publicitaire. Les acheteurs de ce type de voitures sont déjà dans le carnet d’adresses de Pagani. Ils ont probablement déjà deux ou trois Zonda et Huayra dans leur collection. La Tricolore, c’est la cerise sur le gâteau. Le Graal.

Certains analystes estiment que dans quelques années, ces trois voitures vaudront facilement le double. Peut-être même le triple. Le marché des Pagani rares ne connaît qu’une direction : le haut.

La Tricolore dans l’histoire Pagani : l’art de célébrer

Ce n’est pas la première fois que Pagani rend hommage aux Frecce Tricolori. En 2010, pour les 50 ans de la patrouille, Horacio Pagani dévoilait la Zonda Tricolore au Salon de Genève. Trois exemplaires aussi. Carrosserie blanche avec bandes tricolores. Intérieur blanc et bleu. Un modèle devenu instantanément culte.

Dix ans plus tard, la logique se répète avec la Huayra. Mais au-delà du simple copier-coller, c’est toute une philosophie qui se dessine. Pagani ne fait pas des voitures pour battre des records au Nürburgring. Il crée des objets chargés d’émotions, d’histoires, de symboles.

Chaque édition spéciale raconte quelque chose. La Zonda HP Barchetta célèbre l’anniversaire d’Horacio Pagani lui-même. La Huayra Imola porte le nom du circuit italien mythique. La Zonda Cinque honore les cinq premiers clients fidèles de la marque.

Cette stratégie d’éditions ultra limitées avec un storytelling fort fait de Pagani une marque à part dans l’univers des hypercars. Là où Ferrari sort des séries spéciales à 500 unités, Pagani parle de trois, cinq, vingt exemplaires maximum. Là où Lamborghini multiplie les déclinaisons pour maximiser les ventes, Pagani cultive la rareté absolue.

C’est cette approche qui fait grimper les cotes de ses voitures au fil des années. Une Zonda F standard vaut aujourd’hui deux à trois fois son prix neuf. Une Zonda Tricolore ? Probablement cinq fois. La Huayra Tricolore suivra sans doute la même trajectoire.

Conclusion

La Huayra Tricolore incarne ce que Pagani fait de mieux : fusionner technique aéronautique, esthétique radicale et émotion pure. Trois voitures pour soixante ans d’histoire aérienne italienne. Un hommage qui roule à 370 km/h et qui restera gravé comme l’une des créations les plus symboliques de la marque. Pas juste une hypercar. Une légende en devenir.

Partagez votre amour
koes.buisness@gmail.com
koes.buisness@gmail.com
Articles: 58

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *