Koenigsegg Agera R : 1140 ch au biocarburant (2011-2014)

1140 chevaux qui carburent au biocarburant E85. Un 0-300-0 km/h expédié en 21,19 secondes. La Koenigsegg Agera R n’était pas juste une Agera boostée pour faire joli sur la fiche technique. C’était une refonte en profondeur qui a redéfini ce qu’on attendait d’une hypercar en 2011. Et accessoirement, elle reste l’une des machines les plus fascinantes jamais sorties de Suède.

Ce qui distingue l’Agera R de l’Agera de base

Quand Koenigsegg dévoile l’Agera au salon de Genève 2010, la machine impressionne déjà. Mais Christian von Koenigsegg sait qu’il peut aller plus loin. Un an plus tard, en mars 2011, l’Agera R débarque. Et ce n’est pas un simple restylage.

Les ingénieurs d’Ängelholm ont retravaillé l’aérodynamique avec de nouveaux winglets à l’avant, un système d’échappement Aero entièrement repensé, et du carbone visible sur le capot et le pare-chocs avant. Les freins céramique passent en développement maison, une première pour la marque. Le moteur gagne en puissance et en réactivité. La gestion du biocarburant devient encore plus poussée.

Résultat ? Une voiture qui ne ressemble à rien d’autre. Même face à une Bugatti Veyron ou une Pagani Huayra de l’époque, l’Agera R jouait dans sa propre catégorie. Pas seulement par les chiffres. Par l’approche.

Le V8 5.0 biturbo qui avale du biocarburant comme un 2000 chevaux essence

1140 chevaux sur E85, 960 sur SP95

Le cœur de l’Agera R, c’est un V8 5.0 litres biturbo maison. Bloc aluminium, bielles en titane, lubrification par carter sec. Mais ce qui rend ce moteur vraiment spécial, c’est sa capacité à fonctionner au biocarburant E85 (ou E100, ou n’importe quel mélange entre les deux et le SP95).

Pourquoi l’E85 ? Parce que l’éthanol a un indice d’octane bien supérieur à l’essence classique. Il refroidit mieux les chambres de combustion à l’admission. Ça permet de monter la pression de suralimentation sans risquer la détonation. Résultat : 1140 chevaux à 7100 tr/min et 1200 Nm de couple à 4100 tr/min sur E85. Sur SP95, le calculateur adapte automatiquement la pression de turbo et l’avance à l’allumage pour descendre à 960 chevaux et 1100 Nm.

Le hic ? L’éthanol contient moins d’énergie par litre que l’essence. Pour générer 1140 chevaux, le système d’injection doit injecter un volume de carburant équivalent à celui d’un moteur essence de 2000 chevaux. Koenigsegg a dû développer un système d’alimentation sans retour (return-less) avec quatre pompes haute pression et des injecteurs double par cylindre. À l’époque, c’était le système le plus performant jamais monté sur une voiture de série.

Des turbos repensés pour gommer le lag

Les deux turbocompresseurs de l’Agera R ne sont pas de vulgaires pièces de catalogue. Koenigsegg les a redessinés avec une nouvelle configuration et de nouveaux matériaux pour réduire l’inertie de la roue de turbine et de l’axe. En clair ? Les turbos montent en pression plus vite, le moteur répond mieux à mi-régime, et la puissance arrive de manière plus linéaire.

Ça se ressent dès 2700 tr/min, moment où les turbos délivrent leur pleine pression (1,4 bar). À partir de là, vous avez plus de 1000 Nm de couple disponibles jusqu’à 7300 tr/min. C’est ça qui fait la différence entre une hypercar brutale et une hypercar utilisable.

Les performances qui ont marqué 2011

Le record 0-300-0 km/h en 21,19 secondes

Le 2 septembre 2011, sur la piste privée de Koenigsegg à Ängelholm (Suède), l’Agera R établit un record qui fera date. 0-300-0 km/h en 21,19 secondes. Concrètement ? Partir à l’arrêt, atteindre 300 km/h, puis freiner jusqu’à l’arrêt complet. En moins de 22 secondes.

Pour mettre ça en perspective : une Golf GTI met environ 7 secondes pour atteindre 100 km/h. L’Agera R fait 300 km/h, s’arrête, et repart en moins de trois fois ce temps. C’est délirant.

Ce record tiendra jusqu’en 2015, où la Koenigsegg One:1 fera légèrement mieux. Mais en 2011, rien ne touchait l’Agera R sur cet exercice. Ni la Veyron Super Sport, ni aucune autre hypercar du moment.

0-100 km/h en 2,8 secondes, mais ce n’est pas le plus impressionnant

Les chiffres bruts sont évidemment spectaculaires. 2,8 secondes pour atteindre 100 km/h. 7,8 secondes pour 200 km/h. 12,6 secondes pour faire un 0-200-0 km/h (accélération jusqu’à 200 puis freinage complet).

Mais ce qui impressionne le plus chez l’Agera R, c’est son côté paradoxalement civilisé. La consommation moyenne annoncée ? 14,7 litres/100 km en cycle mixte, 12,5 litres sur autoroute. Pour 1140 chevaux, c’est presque raisonnable. Elle a un coffre de 120 litres, un toit amovible qui se range à l’intérieur, des sièges confortables. Elle passe les normes Euro V.

Koenigsegg voulait prouver qu’on pouvait faire une bombe sans sacrifier l’utilisabilité. Et sur ce point, l’Agera R était précurseur.

L’aérodynamique active avant l’heure

L’aileron arrière de l’Agera R est une petite merveille d’ingénierie low-tech. Pas d’hydraulique lourde, pas de moteurs électriques complexes. Juste un système à ressort qui s’adapte mécaniquement à la pression aérodynamique.

Résultat ? L’aileron compense automatiquement le vent de face ou le vent arrière. Si vous roulez à 250 km/h avec un vent de face, il se positionne différemment que si vous avez le vent dans le dos. Simple, léger, efficace.

À l’avant, de nouveaux winglets latéraux améliorent la pénétration dans l’air et l’appui. Le soubassement est entièrement plat, avec des tunnels venturi à l’arrière pour aspirer la voiture vers le sol. À 250 km/h, l’Agera R génère 300 kg d’appui. Pas autant qu’une hypercar orientée piste pure, mais largement suffisant pour rester collée à la route.

Le Cx varie entre 0,33 et 0,37 selon la position de l’aileron. Pour une voiture capable de dépasser 400 km/h (en théorie), c’est excellent.

Les freins céramique maison de Koenigsegg

Avant l’Agera R, Koenigsegg achetait ses disques céramique chez des fournisseurs classiques. Avec ce modèle, la marque décide de développer son propre système de freinage céramique à piston.

Les disques mesurent 392 mm de diamètre à l’avant (36 mm de large) et 380 mm à l’arrière (34 mm). Les étriers avant sont des 6 pistons, les arrière des 4 pistons. Le tout assisté, évidemment.

Résultat concret ? 30,5 mètres pour passer de 100 km/h à l’arrêt. C’est impressionnant pour une voiture de 1435 kg en ordre de marche. Et ça explique en partie comment elle boucle un 0-300-0 km/h aussi vite.

Ces freins ont aussi servi de base de développement pour les modèles suivants, dont la One:1 et l’Agera RS.

Une production ultra-limitée : 18 exemplaires entre 2011 et 2014

L’Agera R n’a été produite qu’à 18 exemplaires entre 2011 et 2014. Dix-huit. À titre de comparaison, Bugatti a fabriqué 450 Veyron toutes versions confondues.

Cette rareté extrême s’explique par le positionnement de Koenigsegg. La marque ne veut pas produire en série. Chaque voiture est assemblée à la main dans l’usine d’Ängelholm, un ancien hangar de la force aérienne suédoise. Chaque client peut personnaliser sa machine dans les moindres détails.

L’Agera R se situait entre l’Agera S (version flex-fuel également, mais moins radicale, destinée à certains marchés) et la future One:1 (2014), qui sera la première hypercar à atteindre un ratio poids/puissance de 1:1.

Le châssis monocoque en fibre de carbone et kevlar avec nid d’abeille aluminium ne pèse que 70 kg à lui seul, réservoirs intégrés compris. Le poids à sec de l’Agera R ? 1330 kg. En ordre de marche (tous fluides, 50% de carburant), elle affiche 1435 kg. Un ratio poids/puissance de 1,19 kg/ch sur E85. C’est monstrueux.

Fiche technique complète

CaractéristiqueValeur
MoteurV8 5.0L biturbo Koenigsegg, bielles titane, carter sec
Puissance (E85/E100)1140 ch à 7100 tr/min
Puissance (SP95)960 ch à 7100 tr/min
Couple (E85)1200 Nm à 4100 tr/min
Couple (SP95)1100 Nm
TransmissionBoîte 7 rapports double embrayage, propulsion
0-100 km/h2,8 secondes
0-200 km/h7,8 secondes
0-200-0 km/h12,6 secondes
0-300-0 km/h21,19 secondes (record 2011)
Freinage 100-0 km/h30,5 mètres
Poids à sec1330 kg
Poids en ordre de marche1435 kg
Ratio poids/puissance (E85)1,19 kg/ch
Accélération latérale1,6 G
Consommation mixte14,7 l/100 km
Consommation autoroute12,5 l/100 km
Appui aérodynamique (250 km/h)300 kg
Cx0,33 à 0,37
Capacité du réservoir80 litres
Volume du coffre120 litres
Production totale18 exemplaires (2011-2014)
Prix neuf (estimation 2011)Non communiqué (>1,5M€)

Pourquoi l’Agera R reste une référence aujourd’hui

Plus de dix ans après sa sortie, l’Agera R continue de fasciner. Pas seulement par ses chiffres. Par ce qu’elle représentait à l’époque : la preuve qu’une hypercar pouvait être brutale, technologiquement avancée, et relativement écologique (à sa manière).

Elle a servi de base technique à la Koenigsegg One:1, qui en 2014 deviendra la première voiture de série à atteindre un ratio poids/puissance de 1:1. Puis à l’Agera RS, qui en 2017 établira un record de vitesse de pointe pour une voiture homologuée route : 447 km/h (moyenne sur deux passages) sur une route publique fermée au Nevada.

L’Agera R a aussi marqué la culture populaire. Elle apparaît dans Real Racing 3, GRID 2, Need for Speed. Des millions de joueurs ont découvert cette machine grâce aux jeux vidéo. Certains ont ensuite creusé pour comprendre ce qui la rendait spéciale.

Aujourd’hui, croiser une Agera R relève du miracle. Dix-huit exemplaires dispersés à travers le monde. Certaines dorment dans des collections privées. D’autres roulent encore, lors d’événements triés sur le volet. Leur valeur ? Difficile à estimer, mais largement au-dessus des 2 millions d’euros.

L’Agera R n’a pas juste battu des chronos. Elle a prouvé qu’une hypercar pouvait être brutale, écologique (à sa manière) et utilisable au quotidien. Pas mal pour 18 exemplaires fabriqués à la main dans la campagne suédoise.

Partagez votre amour
koes.buisness@gmail.com
koes.buisness@gmail.com
Articles: 58

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *