Koenigsegg Agera Final : la fin d’une légende

Juillet 2018. Les portes de l’usine Koenigsegg à Ängelholm se referment sur les deux dernières Agera jamais construites. Thor et Väder, baptisées Final Edition, rejoignent One of One pour former la série Agera Final. Trois voitures. Huit ans de développement. La fin d’une ère.

Agera Final, c’est quoi exactement ?

La nomenclature peut vite devenir floue, alors posons les bases. La série Agera Final, c’est trois voitures annoncées au salon de Genève 2016. Trois hypercaras conçues pour célébrer la fin de production de l’Agera, la lignée la plus longue de l’histoire Koenigsegg.

Parmi ces trois voitures, deux portent le nom de Final Edition : Thor et Väder. Pourquoi cette distinction ? Parce que leurs propriétaires ont choisi ce baptême avec l’accord de Koenigsegg. C’est une série dans la série, si on veut.

Techniquement, toutes les Agera Final reposent sur la base de l’Agera RS. Mais avec un cadeau royal : toutes les options disponibles au catalogue sont offertes. Gratuitement. Ça inclut le développement de solutions aérodynamiques sur-mesure, pensées spécifiquement pour chaque client.

Pourquoi « Final » ? Parce qu’entre 2010 et 2018, Koenigsegg a construit 58 Agera toutes versions confondues. Agera classique, Agera S, Agera R, One:1, Agera RS… et ces trois ultimes exemplaires. Ensuite, rideau. Place au successeur, la Jesko, présentée à Genève 2019.

One of One, la première du trio

La Koenigsegg Agera RS Final « One of One » ouvre le bal en mars 2016, au salon de Genève. Son design s’inspire directement de la One:1, cette Agera extrême de 2014 qui affichait un rapport poids/puissance de 1:1. Un cheval pour un kilo. D’où le nom.

One of One arbore une robe orange métallique qui tranche avec le carbone nu habituel des Koenigsegg. Elle est présentée comme la première des trois Agera Final, mais sera revendue peu après sa présentation publique. On sait qu’elle a été livrée, mais sa localisation actuelle reste discrète. Normal pour ce type de voiture.

C’est elle qui pose les bases du concept : offrir aux derniers acheteurs d’Agera une liberté totale de personnalisation, avec le meilleur de ce que Koenigsegg a appris en huit ans.

Thor et Väder, les jumelles Final Edition

Deux ans après One of One, en juillet 2018, les deux dernières Agera quittent l’usine suédoise. Elles ont des noms mythologiques nordiques, des propriétaires américains fortunés, et des personnalités diamétralement opposées.

Thor, le marteau nordique

Thor porte bien son nom. Inspiré du dieu scandinave du tonnerre, cette Agera frappe fort visuellement. La carrosserie affiche un carbone bi-ton avec des sections incrustées de paillettes de diamant dans la couche de vernis. Oui, des vrais petits diamants. Le résultat scintille sous la lumière comme une armure cosmique.

L’élément signature ? Un aileron central type Le Mans qui court sur toute la longueur arrière du capot moteur. Ce profil vertical améliore la stabilité à très haute vitesse en canalisant le flux d’air. Sur le flanc de cet aileron, un logo en métal en forme de marteau de Thor, estampillé du blason Koenigsegg et du Ghost Squadron (l’écurie privée du proprio).

Les winglets avant sur-mesure, les spoilers agrandis à l’avant comme à l’arrière, et le système aérodynamique actif complètent le tableau. Thor appartient à Dan, un collectionneur californien qu’on connaît sur Instagram sous le pseudo @dan_am_i. Il possède déjà d’autres Koenigsegg. Autant dire qu’il sait ce qu’il achète.

Väder, l’élégance scandinave

Väder (qui signifie « météo » en suédois) adopte une approche plus subtile. Enfin, subtile à l’échelle Koenigsegg. La carrosserie est en carbone nu monochrome, également parsemé de paillettes de diamant dans le vernis. Mais là où Väder se distingue, c’est dans les détails.

Les accents de l’aileron arrière et certains éléments de carrosserie sont finis en feuille d’or blanc. Pas de la peinture dorée, non. De vraies feuilles d’or appliquées à la main. Ça change tout le caractère de la voiture.

Pas d’aileron central ici, mais deux petits winglets arrière qui encadrent un spoiler agrandi. Ce spoiler intègre des découpes spécifiques qui laissent voir la structure squelettique supportant l’aileron actif. Une sorte de mise à nu mécanique assumée, très dans l’esprit Koenigsegg.

Väder appartient à Marc Haddad, un autre collectionneur américain actif sur les réseaux (@x_marc_the_spot). Les deux Final Edition ont été livrées ensemble, conduites pour la première fois lors d’un événement privé en Allemagne début juillet 2018, avant une apparition au Goodwood Festival of Speed la même année.

Le package 1MW, explication sans bullshit

Les trois Agera Final embarquent le package moteur 1MW. Traduction concrète : le V8 5.0 litres bi-turbo développé pour la One:1. Un bloc en aluminium, quatre soupapes par cylindre, deux turbos, et une gestion moteur affinée au millimètre.

Résultat ? 1360 chevaux et 1371 Nm de couple. 1MW, ça veut dire 1 mégawatt, soit 1000 kilowatts de puissance. En chevaux, ça donne 1360. Koenigsegg aime les chiffres ronds et symboliques. La One:1 pesait 1360 kg pour 1360 ch. Un cheval par kilo. Les Agera Final, elles, pèsent un poil plus (autour de 1400 kg avec les options aéro), mais gardent ce moteur démentiel.

Sur essence normale (98 octane), la puissance descend à 1160 chevaux. Déjà monstrueux. Mais passez au bioéthanol E85, et vous grimpez à 1360 ch. La différence ? L’E85 a un indice d’octane bien plus élevé, ce qui permet une combustion plus agressive sans risque de cliquetis. Koenigsegg a conçu ses moteurs pour être flexfuel dès l’origine.

Niveau perf, on parle de 0 à 100 km/h en 2,8 secondes. La vitesse maximale officielle tourne autour de 447 km/h, établie par une Agera RS en novembre 2017 sur une portion de route fermée au Nevada. Record du monde pour une voiture de série à l’époque. L’Agera Final hérite de ce potentiel.

La boîte ? Une 7 rapports automatique à double embrayage humide développée avec CIMA. Compacte, légère, rapide. Elle combine la simplicité d’un simple embrayage avec la réactivité d’une double embrayage classique. Malin.

Aérodynamique sur-mesure, le luxe ultime

Acheter une Agera Final, ce n’est pas juste cocher des options sur un configurateur en ligne. C’est travailler main dans la main avec les ingénieurs de Koenigsegg pour développer des pièces aérodynamiques spécifiques à votre voiture.

Vous voulez un aileron central comme Thor ? Pas de problème. Vous préférez des winglets arrière doubles comme Väder ? On dessine ça. Vous avez une idée précise pour les canards avant ? On modélise, on teste en soufflerie numérique, on fabrique.

Chacune des trois Agera Final possède donc des appendices aérodynamiques uniques. Les canards avant ne sont jamais les mêmes d’une voiture à l’autre. Les spoilers ont des dimensions et des profils différents. Même les supports de l’aileron actif arrière sont personnalisés.

Résultat : 450 kg d’appui aérodynamique à 250 km/h sur l’Agera RS. Les Final, avec leurs ajouts sur-mesure, vont encore plus loin. Cet appui, c’est ce qui permet de garder la voiture collée au bitume à 400 km/h sans décoller comme un avion. Essentiel.

L’aileron actif à l’arrière se déploie automatiquement en fonction de la vitesse, de l’angle de braquage et de la charge aéro nécessaire. À haute vitesse, il se rétracte pour réduire la traînée. En freinage, il se redresse pour servir d’aérofrein. Tout ça géré électroniquement.

L’héritage de l’Agera en quelques dates

Pour comprendre pourquoi les Agera Final sont si importantes, il faut remonter le fil de cette lignée.

2010 : Koenigsegg présente l’Agera au salon de Genève. C’est un tournant. La marque abandonne les compresseurs volumétriques de la CCX pour passer au turbocompresseur. Le moteur respire mieux, monte plus haut en régime, délivre plus de couple. C’est aussi l’introduction des roues Aircore, ces jantes en carbone à rayons creux qui font office de turbines pour refroidir les freins.

2011 : L’Agera R pulvérise le record 0-300-0 km/h. Accélérer jusqu’à 300, freiner jusqu’à l’arrêt complet. Un exercice de violence mécanique pure.

2014 : La One:1 débarque. 1360 ch pour 1360 kg. Premier rapport poids/puissance de 1:1 au monde sur une voiture homologuée route. Elle introduit le moteur 1MW que les Final récupéreront.

2015 : L’Agera RS est dévoilée à Genève. Version évoluée et ultime de l’Agera, limitée à 25 exemplaires. Aérodynamique revue, châssis optimisé, package 1MW en option.

Novembre 2017 : Une Agera RS pilotée par Niklas Lilja (pilote maison Koenigsegg) explose cinq records mondiaux sur une route fermée au Nevada. Vitesse maximale moyenne sur deux passages : 447,19 km/h. Pointe à 457,49 km/h. Record 0-400-0 km/h en 36,44 secondes. Du jamais vu.

Mars 2016 : Annonce de la série Agera Final à Genève. Trois voitures pour clore la production.

Juillet 2018 : Livraison de Thor et Väder. Les dernières Agera quittent l’usine. Au total, 58 Agera auront été produites en huit ans. Toutes versions confondues.

Mars 2019 : Koenigsegg dévoile la Jesko, successeure spirituelle de l’Agera. Nouveau moteur, nouveau châssis, nouveau design. L’Agera appartient désormais à l’histoire.

Pourquoi ces voitures sont historiques

Les Agera Final ne sont pas juste des collectors de plus. Elles incarnent un moment charnière pour Koenigsegg.

L’Agera reste à ce jour la plus longue production de la marque : huit ans. Aucune autre Koenigsegg n’a tenu aussi longtemps. Et pour cause. Entre 2010 et 2018, cette plateforme a permis d’introduire des innovations qui définissent encore aujourd’hui l’ADN technique de la marque.

La suspension Triplex, développée sur l’Agera, combine trois ressorts hélicoïdaux dans un agencement unique qui offre souplesse en roulage et fermeté en appui. Les roues Aircore en carbone à rayons creux deviennent la signature visuelle de Koenigsegg, copiées depuis par d’autres constructeurs. Le concept de moteur flexfuel capable de digérer essence et bioéthanol, aussi.

Les records ? Ils comptent. Pas pour la gloire, mais pour prouver que la voiture fonctionne dans la vraie vie. Beaucoup d’hypercars affichent des chiffres théoriques jamais validés sur le terrain. Koenigsegg, lui, prend un modèle de série, roule sur route ouverte (fermée pour l’occasion), et pulvérise les compteurs. 447 km/h en moyenne, c’est du concret. Pas une simulation.

Ensuite, il y a la valeur patrimoniale. Aujourd’hui, une Agera RS se vend facilement au-delà de 3 millions d’euros sur le marché secondaire. Les Agera Final, avec leur statut « dernières de la lignée » et leurs personnalisations extrêmes, valent encore plus. Elles ne changeront probablement jamais de mains. Ou alors pour des sommes dont on ne parle pas publiquement.

Où sont-elles aujourd’hui ?

Thor vit en Californie du Sud, dans la collection de Dan. Elle sort régulièrement pour des événements privés, des rassemblements de supercars, et quelques apparitions sur circuits. Dan la conduit vraiment. C’est pas une reine de garage sous housse. On la croise parfois sur Instagram, en balade sur les routes de canyons ou alignée avec d’autres hypercars de sa collection.

Väder appartient à Marc Haddad, également basé aux États-Unis. Comme Thor, elle est utilisée. Pas quotidiennement, évidemment, mais elle roule. Goodwood 2018, puis quelques événements automobiles haut de gamme. Marc partage parfois des clichés sur les réseaux.

One of One, la première des trois, a été vendue après sa présentation à Genève 2016. Sa localisation actuelle n’est pas publiquement documentée. Elle circule probablement entre les mains d’un collectionneur discret, quelque part entre l’Europe et les États-Unis. Ce type de voiture change rarement de continent sans qu’on le sache, mais on n’a pas de trace récente.

Au final, les trois Agera Final sont en vie, en état, et probablement valorisées quelque part entre 4 et 6 millions d’euros pièce selon les estimations officieuses. Personne ne les vend. Pourquoi le feraient-ils ?

Le mot de la fin

La Koenigsegg Agera Final, c’est bien plus qu’une série limitée pour riches collectionneurs. C’est le testament technique et émotionnel de huit années passées à repousser les limites du possible. Thor, Väder et One of One ferment un chapitre, mais l’ADN de l’Agera continue de vivre dans chaque Koenigsegg moderne. La Jesko, la Gemera, la Regera, toutes héritent de cette obsession du détail, de cette recherche de performance absolue sans compromis.

Trois voitures. Un héritage immense. Et la certitude qu’on reparlera encore de l’Agera dans vingt ans comme on parle aujourd’hui de la McLaren F1 ou de la Ferrari F40.

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