Koenigsegg CCXR : La première hypercar verte de l’histoire

1018 chevaux qui rugissent au bioéthanol. Oui, vous avez bien lu. En 2007, quand tout le monde s’extasiait sur les blocs essence de plus en plus gourmands, Koenigsegg sortait la CCXR, une hypercar capable de pulvériser le bitume avec du carburant renouvelable. Une anomalie fascinante. Un pari fou qui a redéfini ce qu’on pensait possible.

La CCXR, c’est quoi exactement ?

La Koenigsegg CCXR est une évolution de la CCX, conçue pour fonctionner au flex-fuel : E85, E100 (bioéthanol) ou essence 98 octane classique. Présentée en 2007, elle débarque à une époque où personne, absolument personne, ne parlait d’écologie dans l’univers des hypercars. Ferrari, Lamborghini, Pagani ? Tous au V12 essence pur jus, sans complexe.

Christian von Koenigsegg, lui, avait une vision différente. Prouver qu’on peut battre des records de puissance avec un carburant renouvelable. Et il l’a fait. La CCXR était la première supercar « verte » de l’histoire, mais avec 1018 chevaux sous le capot, le mot « verte » prenait une autre dimension.

Pourquoi personne n’y avait pensé avant ? Parce que ça demandait une refonte complète du système d’alimentation, des injecteurs renforcés, des durites adaptées, des segments de piston revus, et une cartographie moteur entièrement retravaillée. Bref, du boulot. Mais Koenigsegg ne fait pas les choses à moitié.

Un moteur qui change tout

Le V8 4.8L bi-compressé

Le cœur de la CCXR, c’est un V8 Koenigsegg en aluminium de 4.8 litres, développé entièrement en interne. Contrairement aux anciens modèles qui s’appuyaient sur des blocs Ford modifiés, celui-ci est 100 % maison. Il embarque deux compresseurs Rotrex qui soufflent à 1,5 bar, des arbres à cames doubles en tête, quatre soupapes par cylindre, et une gestion électronique ultra-précise.

Mais le génie, c’est l’adaptation au bioéthanol. Le carburant est injecté via des injecteurs haute pression spécialement calibrés. Les durites d’alimentation sont renforcées pour résister à l’éthanol qui, contrairement à l’essence, attaque certains matériaux. Les segments de piston sont modifiés pour encaisser les pressions plus élevées. Et surtout, les compresseurs peuvent monter en pression sans risque.

1018 chevaux avec du « carburant vert »

Quand la CCXR tourne au E85 ou E100, elle développe 1018 chevaux à 7000 tr/min et 1060 Nm de couple à 5600 tr/min. À titre de comparaison, la CCX essence de base produisait « seulement » 806 chevaux. Plus de 200 chevaux de différence, juste en changeant de carburant.

Pour mettre ça en perspective : 1018 chevaux, c’est l’équivalent de sept Golf GTI MK7 qui poussent en même temps. Ou encore une Bugatti Veyron de l’époque (1001 ch), mais avec un carburant renouvelable. C’était complètement dingue.

Pourquoi le bioéthanol donne plus de puissance

L’éthanol a un indice d’octane supérieur à l’essence classique (environ 105 à 108 contre 95-98 pour l’essence). Ça veut dire qu’il résiste mieux à l’auto-allumage, ce fameux cliquetis qui détruit les moteurs suralimentés. Résultat : on peut augmenter la pression de suralimentation sans risque.

Ensuite, l’éthanol a des propriétés de refroidissement supérieures. En brûlant, il refroidit la chambre de combustion plus efficacement que l’essence. Température plus basse = densité d’air plus élevée = plus d’oxygène = plus de puissance.

Enfin, l’éthanol contient de l’oxygène dans sa molécule, ce qui améliore la combustion. Bon, il brûle aussi plus vite et en plus grande quantité (consommation légèrement supérieure), mais quand on parle de 1018 chevaux, la sobriété n’est clairement pas la priorité.

Des performances de fusée

Accélération et vitesse de pointe

La Koenigsegg CCXR expédie le 0 à 100 km/h en 3,1 secondes. Le 0 à 200 km/h est avalé en moins de 10 secondes. La vitesse maximale estimée ? 400 km/h. À l’époque, c’était du niveau de la Bugatti Veyron, mais avec une voiture qui acceptait de rouler au bioéthanol sans broncher.

Pour bien saisir ce que ça représente, imaginez une accélération qui vous colle au siège avec la force d’un décollage d’avion. En 9 secondes, vous êtes déjà à 200 km/h. En ville, vous dépassez la limite de vitesse rien qu’en levant le pied de l’embrayage.

Un rapport poids/puissance démentiel

La CCXR pèse environ 1180 kg à vide. Châssis monocoque en fibre de carbone, renforcé par de l’aluminium et du Kevlar. Les réservoirs sont intégrés directement dans la structure pour optimiser le centre de gravité et la sécurité. Résultat : un rapport poids/puissance de 862 chevaux par tonne (en carburant E85).

Concrètement, ça veut dire que chaque kilo de voiture est propulsé par presque un cheval. C’est délirant. Une Ferrari Enzo de l’époque tournait autour de 530 ch/tonne. La CCXR jouait dans une autre catégorie.

Au volant, ça se traduit par une brutalité d’accélération presque violente, un train avant qui décolle au moindre coup d’accélérateur, et une direction d’une précision chirurgicale. Pas de surpoids, pas de mollesse. Que du muscle et de la fibre de carbone.

Les différentes versions de la CCXR

CCXR standard

C’est la base de la famille. 1018 chevaux, carrosserie entièrement en carbone visible, aérodynamique optimisée avec des diffuseurs avant et arrière. Le coefficient de traînée (Cx) est de 0,36, ce qui est excellent pour une hypercar. La voiture respire la technicité à chaque angle, chaque prise d’air, chaque courbe.

L’intérieur ? Minimaliste mais luxueux. Cuir, alcantara, inserts en carbone. Pas de fioritures inutiles. Juste ce qu’il faut pour piloter efficacement une bombe de 1018 chevaux.

CCXR Edition (2008)

Seulement 4 exemplaires produits. La CCXR Edition est une version orientée piste, avec un châssis abaissé, des amortisseurs modifiés, des ressorts plus fermes et des barres anti-roulis renforcées. Le moteur reste le même 4.8L flex-fuel, mais tout le reste est calibré pour la performance pure.

Visuellement, elle se distingue par ses jantes 11 branches, son aileron arrière unique et ses ailerons latéraux spécifiques. L’ensemble carrosserie en carbone apparent et châssis visible en fait une œuvre d’art roulante. En 2009, Forbes Magazine l’a classée parmi les 10 plus belles voitures de l’histoire. Pas mal pour une petite marque suédoise de 50 employés.

CCXR Trevita

La Trevita, c’est la licorne de la gamme. Koenigsegg a développé un traitement exclusif de la fibre de carbone qui transforme les fibres noires classiques en un revêtement blanc nacré, presque argenté. Sous le soleil, ça scintille comme si des millions de micro-diamants étaient incrustés dans la carrosserie.

Ce procédé, baptisé « Trevita » (qui signifie « trois blancs » en suédois), était tellement coûteux et complexe à produire que seuls 2 ou 3 exemplaires ont vu le jour. L’un d’eux a appartenu à Floyd Mayweather, vendu plusieurs millions de dollars. Aujourd’hui, c’est l’une des voitures les plus rares et les plus recherchées au monde.

Techniquement, la Trevita conserve le moteur 1018 ch et le système flex-fuel de la CCXR, avec l’ajout d’un aileron double en carbone et d’un système aérodynamique revu. Un collector absolu.

CCXR Special Edition

La CCXR Special Edition, c’est l’ultime évolution de la lignée. La dernière avant que Koenigsegg ne passe à d’autres modèles. Elle reprend tout ce qui a été appris sur les versions précédentes et pousse le curseur encore plus loin.

On y trouve un aileron double F1 réglable, un splitter avant élargi, des ailerons latéraux plus agressifs pour maximiser l’appui. À l’intérieur, Koenigsegg introduit pour la première fois un écran tactile d’infodivertissement, un compteur de force G et un système de palettes au volant F1 développé en interne.

Tout est pensé pour offrir la meilleure expérience de conduite possible, que ce soit sur route ouverte ou sur circuit. Le châssis, l’aéro, la puissance, le confort : tout est au sommet. C’était la CCXR ultime.

Pourquoi la CCXR a marqué l’histoire

En 2007, parler d’écologie dans le monde des hypercars, c’était presque une blague. Les constructeurs ne juraient que par les gros V12 essence, la puissance brute, le bruit, la démesure. Personne ne se préoccupait de l’empreinte carbone d’une voiture à 300 000 euros.

Koenigsegg a brisé cette logique. La CCXR prouvait qu’on pouvait pulvériser des records de puissance tout en utilisant un carburant renouvelable. Oui, le bioéthanol n’est pas parfait. Oui, il consomme plus que l’essence. Mais à l’époque, c’était un signal fort : la performance et l’innovation peuvent coexister avec une réflexion environnementale.

La CCXR a ouvert la voie. Aujourd’hui, on parle d’hybrides rechargeables, de moteurs électriques ultra-puissants, de carburants synthétiques. Mais en 2007, Koenigsegg était seul sur ce terrain. Visionnaire. Audacieux. Un peu fou, aussi.

Et puis, il y a cet aspect purement technique : développer un moteur capable de fonctionner indifféremment à l’essence ou au bioéthanol, tout en délivrant plus de 1000 chevaux, c’est un exploit d’ingénierie. Pas de demi-mesure, pas de compromis. Juste de l’excellence.

Faut-il encore rêver de la CCXR aujourd’hui ?

Acheter une Koenigsegg CCXR en 2026, c’est un rêve accessible seulement à une poignée de privilégiés. La production a été ultra-limitée : quelques dizaines d’exemplaires toutes versions confondues. Sur le marché de l’occasion, une CCXR standard se négocie entre 2 et 4 millions d’euros, selon l’état, l’historique et les spécifications.

Pour une CCXR Edition, comptez facilement le double. Et pour une CCXR Trevita ? Si vous en trouvez une, préparez un chèque à 7 ou 8 chiffres. Ces voitures sont devenues des objets de collection, des œuvres d’art mécaniques que les collectionneurs s’arrachent.

Ensuite, il y a la question du carburant. Trouver de l’E85 ou de l’E100 de qualité n’est pas toujours simple, selon les pays. En France, l’E85 est relativement répandu, mais sa composition varie selon les saisons (de 65 % à 85 % d’éthanol). Pour une CCXR, il faut idéalement de l’E100 pur pour exploiter toute la puissance. Aux États-Unis, c’est plus courant. En Europe, c’est plus compliqué.

Mais au-delà de l’aspect pratique, posséder une CCXR, c’est détenir un morceau d’histoire automobile. Une voiture qui a repoussé les limites, qui a osé être différente, qui a prouvé qu’on pouvait penser autrement. C’est une légende vivante.

Conclusion

La Koenigsegg CCXR reste une anomalie magnifique. Une hypercar qui prouvait déjà il y a 18 ans qu’on pouvait repousser les limites sans tout brûler. Un chef-d’œuvre technique, esthétique et visionnaire qui a marqué son époque et continue d’inspirer. Aujourd’hui encore, quand on croise une CCXR, on s’arrête. On regarde. On admire. Parce qu’on sait qu’on a devant les yeux quelque chose d’exceptionnel.

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koes.buisness@gmail.com
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